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La courée Bibliothèque N’hésitez pas à lire Rythme trouble et révélateur
Rythme trouble et révélateur PDF Imprimer Envoyer

visuel rythme FB3
« … ce mot rythme ne m’est pas clair. Je ne l’emploie jamais. »

(Paul Valéry)

 

Configuration d’un ensemble (géométrique), mouvements du sang dans les artères (rhythmus antique), image du pied qui frappe inconsciemment le sol (physique) ; essentiel, sensible, poétique absolument. Le rythme est partout, influent en rhétorique comme en esthétique. Palpitations, répétitions et variations. « Pour avoir un jeu plus rock, frappez la batterie plus fort », dixit Keith Moon (batteur de The Who). Le rythme contient toutes les manifestations potentielles du temps et du langage. Il fait sens et prend forme. Mallarmé ajouterait qu’il naît « dès que style » il y a.
Du IVème siècle avant JC à notre ère, du traité d’Aristoxène musicien philosophe au solo de John Bonham pour Led Zeppelin, le rythme a toujours eu quelque chose d’insaisissable. « Je sais à chaque instant qu’il y aura d’autres instants – et quand je ne le sais pas, je le sens » (Paul Valéry). Le rythme vient du corps, avant toute chose, avant la mesure. Un moyen pour l’homme de se libérer des contraintes et des mouvements collectifs. De ne pas marcher au pas. « … Et pour cela préfère l’Impair / Plus vague et plus soluble dans l’air / Sans rien en lui qui pèse ou qui pose … » (Paul Verlaine). Paul Verlaine, initiateur de la réforme prosodique du XIXème, est le poète du flou, de l’arythmie, des vers irréguliers, de l’étrangeté sonore. «De la musique avant toute chose… », et le rythme n’a nul besoin de mesure ni de pulsations égales pour être ce qu’il est. Certains mots sont rythmiques par nature. Une poésie comme une parole vive au rythme instinctif, expression du corps plutôt que de l’esprit, qui fait sens ou bascule dans le désordre des sens. Le trouble s’accentue au-delà de Verlaine et Mallarmé : poème électrique de la Beat Generation, sur le tempo du bebop des années 50 jusqu’aux souffles contemporains, voix suivant le flux de leurs propres musiques, scansions des mots toujours renouvelés… Le rythme face au tumulte du monde et de la langue. Un rythme qui, lorsque répétitif, trouble et envahit nos actes, nos mouvements : dans ses pleins et ses vides, ses paroles et ses silences. « Sans le rythme, aucun langage n’est possible …» (Roland Barthes)
par Karine Fellemann, bibliothèque de la Courée

Retrouvez à la bibliothèque :
A écouter :
"Tommy", The Who
"Physical graffiti", Led Zepplin
A lire :
"Poèmes saturniens", Paul Verlaine (éd. EPI)
"Vers de circonstance", Stéphane Mallarmé (éd. Gallimard)
"Sur la route", Jack Kerouac (éd. Gallimard)

N'hésitez pas à consulter la catalogue en ligne des bibliothèques de Marne et Gondoire (le bouton bleu, juste à côté !)
© Richard Carnevali / "Les Misérables" cie Philippe Person