Edith Azam, quelques mots Imprimer

 

Edith Azam light
Edith Azam est poète, et ça engage tant de choses

par Karine Fellemann


La poésie est à elle-seule un engagement. Si les discours ne sont que des discours, la poésie dit vrai et vivant. " …Il faudrait dire tous ces mots qui brûlent dans la tête et qui n’osent pas s’exprimer. On pense. On n’ose jamais dire comme on pense…". Edith Azam dit des mots simples ou inventés, de pleine voix, en public : poète sonore, elle lit et anime ses textes, avec un rythme organique au souffle sans cesse renouvelé. En l’écoutant, on respire. D’où vient-elle ? Cela n’a aucune importance. Ce qu’il faut que vous sachiez c’est où la trouver : dans le langage, et le sien engage le corps.Elle écrit avec les poumons, le thorax, les viscères,… la pratique poétique, comme sa construction, vient du corps souvent. Ça vient de loin, comme si l’on fouillait au fond de soi pour en sortir des images, " toutes ces lèvres sous la peau ". " C’est l’instant où je suis regard, je bois le monde par les yeux : les mots, c’est l’air qui les sculpte. Avec la gorge je fais des gestes…". Edith Azam est libre de simplicité, de subtilité, d’inventif, de signifiant. " Et ce n’est plus toutes les phrases, ce sont tous les langages, et mon corps : se dissout dedans ". Edith Azam a l’écriture indocile, faite de cette langue qu’elle brise, qu’elle fracture avec soin. Ça permet enfin de sentir palpiter la " chair chaude " des mots. Sa poésie est aussi vivante qu’elle, Edith est aussi vivante que sa poésie. D’ailleurs, Edith Azam " jargonise " : " jargoniser c’est inventer des mots pour tromper la mort ". Une sorte de langage parallèle à l’intersection de la vie : la vie qu’on écrit pour tenter de la comprendre. Comprendre c’est prendre avec soi ; la poésie engage à l’intime conviction dans cet effort-là. " écrire, autrement dit se vivre " souffle Edith.


pop corn
"Du pop corn dans la tête"

Edith Azam
éditions : L'Atelier de l'Agneau

"Dimanche / depuis dix jours me dis / devrais faire un effort / sauf qu’aujourd’hui on est dimanche / et qu’impossible le dimanche/de faire croire/qu’on fait l’effort … "

C’est l’histoire d’une fille qui cause de ce qui se déroule dans sa vie pleine de fatigue et d’angoisse. Rapidement un Embrasseur vient lui enrouler la langue. Une langue qu’elle délie avec humour et qu’elle réinvente. Son histoire est accompagnée de séquences d’un Elastikanimal dessiné qui, entre autres choses, " fait des vers avec ses pieds ".




"Le mot il est sorti "
Edith Azam, photographies Serres de Jacques Guyomar


" Après aussi dedans ma bouche il y eu des milliers de mots et ma tête, elle courait derrière pour les retenir, ma tête. Mais c’est indomptable à dompter toutes ces lèvres sous la peau... "

Un texte qui dialogue avec des photographies : l’un comme les autres parlent de brisures, de morceaux, de déchirures. Des fragments qui témoignent d’une douleur : une douleur qui remplit la bouche, qui enferme et retient tout. Jusqu’à ce que : " le mot il est sorti ". Parole si violemment belle, celle d’une voix qui bouleverse la perception des choses comme la manière de les dire.


"Décembre m’
a cigüe"

Edith Azam / P.O.L

"… la nuit je rêve à blanc, j’écris des mots sur des photos, je parle seule dans le désordre ; la nuit : je rêve à feu et à sang… "

A la lecture on respire le même air tant Edith Azam sait nous transmettre celui qu’elle inspire. On ne devrait rien dire. "Rien d’autre que le manque" dont il est question dans ces pages pleines d’une langue saisissante.